Les Enfants du béton


Quand nous avons lancé Maison Vaurien en décembre 2016, nous n’avions pas d’objectif particulier. Juste l’idée de faire des sweats unisexes et épurés pour ceux qui ne veulent pas arborer le JPG d’un graphiste à la mode. Juste l’envie de faire une marque pour ceux qui s’en foutent un peu.

Dès les premiers jours, nous avons été étonnés par la moyenne d’âge de nos clients. Nous pensions nous adresser à des trentenaires bien tapés et c’est finalement des jeunes de 15 à 25 ans qui semblent avoir été touchés. Ce serait mentir de ne pas admettre que ça nous a un peu emmerdé au départ. Comment répondre à une génération que nous ne comprenons pas ? Comment vous répondre à vous, les gamins dits sans avenir, qui vivez dans une société que vous êtes, paraît-il, trop cons pour comprendre; dans un monde qui s’écroule sous vos pieds sans que vous ne puissiez rien y faire; vous qui ne connaissez rien d’autre que la surinformation, les Anges de la Téléréalité et qui n’avez plus d’idole de la trempe des nôtres.

Et puis, en quelques échanges sur les réseaux et en suivant vos profils pour mieux vous vendre des pulls, une toute autre réflexion nous a frappés. Nous avons, non seulement, compris que nous nous trompions complètement à votre sujet, mais surtout qu’à l’évidence, nous étions devenus des vieux cons.

Partant de là nous avons beaucoup cogité et compris pas mal de choses : vous êtes nos petits frères et nos petites sœurs. Et vous avez déjà une belle avance sur ce que nous étions à vos âges. Mieux : vous êtes ceux que nous rêvions d’être.

Nous voulions des idoles qui nous ressemblent. Alors on déchirait nos pantalons pour ressembler à un mec de Seattle qui ne se reconnaissait tellement pas en nous qu’il s’est mis un coup de fusil dans la bouche... Vous, vos idoles vous ressemblent : elles parlent, s’habillent et vivent comme vous. Nous voulions être des rebelles, changer la face du monde par notre liberté de penser mais, finalement, notre culture est pop parce que nourrie par la télévision faussement révolutionnaire de MTV et le rap faussement revendicateur du Ministère A.M.E.R.

Alors qui sommes-nous aujourd’hui pour vous donner des leçons, à vous qui êtes nés dans un monde en crise, qui avez vu et vécu le Printemps Arabe, les tueries de Charlie Hebdo et du Bataclan, quand à vos âges, nous regardions la guerre du Golfe comme une série TV sur la 5. Pour la plupart d’entre nous, la guerre n’était qu’une chimère et la violence un dessin animé du Club Dorothée.

Nous ne devons plus vous voir comme des gamins abrutis par le média. Vous êtes nés et vous mourrez avec Internet. Il y a quelques années Ari Melber nous prévenait que, sur Internet, « si on ne nous vend rien, c’est que nous sommes les produits. » Même si la formule est bonne, elle ne prend pas en compte le fait que vous avez été social-networker dès vos premières heures. 
Votre individualité s’exprime dans le collectif et, de ce fait, vous êtes tous pleinement conscients de votre capacité d’influence. N’en déplaise à Ari Melber, l’idée «d’être le produit» ne vous fait pas peur. Vous êtes devenus votre propre marque.

Il semble que vous ne vouliez plus porter une marque pour la représenter (comme nous et nos bombers Chevignon) vous voulez que ce soit les marques qui vous représentent.

Que vous en ayez conscience ou non, vous cassez les codes. La liberté est dans votre ADN et ce n’est pas la montée du nationalisme qui va vous faire peur puisque le concept de racisme n’existe pas chez vous. Mais si demain il faut se battre, et que nous devions faire confiance à quelqu’un dans le beau merdier qu’est en train de devenir notre pays, c’est vers vous que nous aimerions nous tourner. Vous qui avez assimilé tous les codes de votre société. Vous qui n’avez pas de frontière. Vous qui savez qu’Internet doit rester libre et qui avez les deux pieds bien ancrés dans le béton : vous êtes déjà la résistance.

Alors que nous le voulions ou non, vous êtes notre futur et c’est pour cela que Maison Vaurien veut désormais être une marque qui vous représente.

L’équipe de Maison Vaurien.